Le rideau se lève ce mercredi 2 septembre sur le Lido pour la 83e Mostra de Venise. L’édition 2026 du plus vieux festival de cinéma du monde et l’un des plus prestigieux s’ouvre avec « INK », le biopic de Danny Boyle consacré à Rupert Murdoch. Dix jours durant, la compétition verra revenir de grandes signatures du cinéma d'auteur, mais aussi des polémiques, comme sur la présence de réalisatrices en compétition.
De notre envoyée spéciale à Venise,
Bien sûr, la Mostra fait toujours rêver avec ses stars hollywoodiennes, longeant en bateau-taxi les palais vénitiens. Mais cette année, c'est surtout le bruit du monde, des guerres et des conflits qui résonnera dans les salles du Lido. Les Américaines Giulia Loktev et Laura Poitras se suivent. L'une filme la dissidence russe en exil, l'autre les raids ultra-violents de la police de l'immigration à Minneapolis.
Les blockbusters hollywoodiens se font rares
L'an dernier, en marge du festival, des milliers de militants manifestaient pour Gaza. Cette année, un documentaire leur répond. Coréalisé par les auteurs oscarisés du film Borderlands, Naza dévoile les mécanismes des frappes israéliennes sur la bande de Gaza et leurs conséquences pour les civils palestiniens. Ajouté in extremis, c’est le vingt et unième et dernier titre entré en compétition officielle.
Une compétition où, cette année, les blockbusters hollywoodiens se font rares dans cette sélection dégarnie de stars américaines. C'est finalement un film français qui offrira le tapis rouge le plus glamour. Bunker de Florian Zeller réunit Javier Bardem, Penélope Cruz et Arnold Schwarzenegger.
Une polémique autour de la parité
En revanche, les films projetés sur grand écran à la Mostra ont été, pour la quasi-totalité, réalisés par des hommes. Seulement deux réalisatrices sur les 21 films en lice pour le Lion d'or : c'est le chiffre qui plombe l'ouverture de cette 83e édition. Sur le Lido, la polémique a éclaté dès l'annonce de la sélection, fin juillet : une seule réalisatrice, la Dano-Égyptienne May el-Toukhy. L'ajout in extremis du documentaire Naza, coréalisé par Rachel Szor, a porté le total à deux, un rattrapage jugé cosmétique par de nombreux professionnels.
Dès 2018, le festival s'était pourtant engagé à atteindre la parité. Huit ans plus tard, la promesse reste lettre morte. À plusieurs reprises le directeur artistique Alberto Barbera s’est défendu en affirmant avoir pour seul critère la qualité des films. Une explication qui n'a pas convaincu Maggie Gyllenhaal, présidente du jury 2026. « Je crois qu’il est enfin clair que les hommes font de meilleurs films. » Cinglante d’ironie, la phrase a fait le tour du festival.
Qui décide ?
Mais Gyllenhaall a aussi un vrai diagnostic. Elle a parlé d'un « problème systémique » : les femmes peinent davantage à financer leurs films, et leurs sujets, nourris d'expériences différentes, sont moins souvent jugés dignes du grand art par les comités de sélection. Pour elle, le cinéma est par nature politique — et la vraie question n'est pas celle du niveau, mais de savoir qui décide, au fond, des histoires qui comptent. Sur le Lido, la Mostra n'a pas fini de porter ce débat.