Le réalisateur Tony Gatlif, chantre de la culture gitane avec une vingtaine de films dont Gadjo Dilo, est mort mercredi à 77 ans, a annoncé vendredi 4 septembre sa famille à l'AFP. Le cinéaste est mort à Arles, dans les Bouches-du-Rhône, d'un problème de santé alors qu'il travaillait sur un projet de film historique.
« Latcho Drom », bonne route. C’est par ces mots que la famille de Tony Gatlif a choisi de saluer le cinéaste, mort mercredi 2 septembre. L’expression tzigane est aussi le titre de l’un de ses films les plus emblématiques, sorti en 1993, voyage musical à travers l’histoire et les territoires du peuple rom. « La beauté de ses films, sa générosité, sa joie, sa poésie et son amour de la musique resteront pour toujours en nous », soulignent son épouse, ses enfants et petits-enfants dans leur communiqué.
Sur les 25 films réalisés par Tony Gatlif depuis 1975, certains sont devenus des classiques comme Gadjo Dilo, sorti en 1997, ou Exils, qui lui avait valu en 2004 le prix de la mise en scène à Cannes. Son dernier long métrage, Ange, est sorti en 2025.
Son film le plus connu, Gadjo Dilo – qu’on peut traduire par « L'étranger fou » –, est un hommage à la musique tzigane, « une musique qui crie la peur et la douleur d'un peuple qui a mal à son âme ». Il raconte la quête d'un jeune Français idéaliste interprété par Romain Duris sur les traces d'une chanteuse qu'il retrouve dans un camp tzigane en Roumanie. Ses histoires, profondément sociales, sont souvent habitées par une musique particulière : le flamenco dans Vengo (2000), la musique tzigane dans Les Princes (1983) ou le rebétiko, musique traditionnelle née de la fusion entre Grèce et Turquie, dans Djam (2017).
L'errance et la rédemption en Camargue
Né Michel Dahamani d'un père kabyle et d'une mère gitane le 10 septembre 1948, Tony Gatlif a connu la violence et l'errance après son départ d'Algérie. C'est lors d'un contrôle de police vers 12 ans qu'il a changé de nom pour éviter d'être renvoyé en Algérie, s'appropriant le nom d'un espace vert d'Alger, le parc Gatlif.
Après un passage en maison de correction, il est envoyé en Camargue sur décision de justice. Trois ans plus tard, il découvre le théâtre et l'acteur Michel Simon. « J'ai mené une bataille contre ma destinée, contre moi-même et ce n'est pas rien », avait-il déclaré à l'AFP en 2021. La Camargue « fait partie des choses qui m'ont sauvé ».
« Tony Gatlif avait le goût des chemins de traverse, des frontières qui s'effacent, des vies que l'on regarde trop peu. Il filmait la musique, le mouvement, l'exil et la liberté avec une énergie qui n'appartenait qu'à lui », a réagi la ministre de la Culture Catherine Pégard sur X.