
L orsque le téléphone a sonné, par une journée d’automne en 2016, Tamara Thermitus, 51 ans, ne se cherchait pas un nouveau poste. À l’emploi du ministère de la Justice canadienne, elle s’était bâti une solide réputation à l’échelle nationale en tant qu’avocate dotée d’une indéniable fibre morale et d’un rare talent pour le consensus. Elle avait joué un rôle déterminant dans la Convention de règlement relative aux pensionnats indiens de 2006, le plus important recours collectif de l’histoire canadienne. Elle avait piloté l’équipe ayant participé à la négociation du mandat de la Commission de vérité et réconciliation qui, de 2008 à 2015, avait documenté les torts infligés par le gouvernement fédéral aux populations autochtones au Canada. Enfin, en 2011, elle avait reçu le Mérite du Barreau du Québec pour son travail contre la discrimination et les inégalités.
Au bout du fil se trouvait l’assistante de Me Thermitus. Grande nouvelle : André Fortier, fonctionnaire responsable de pourvoir les postes de la haute fonction publique dans la province, voulait lui faire savoir qu’on envisageait sa candidature pour diriger la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse du Québec. Créée en 1976 pour s’assurer que les lois provinciales respectent la Charte des droits et libertés du Québec, la Commission enquête sur des centaines d’allégations de discrimination, de harcèlement et d’exploitation chaque année. Elle régule les relations entre employeurs et employés, se dresse contre les préjugés religieux, et punit les actes de racisme. Mais la Commission est aussi fondamentalement imparfaite, et d’une manière difficile à ignorer : son personnel est, depuis sa création, presque exclusivement blanc. L’arrivée de Tamara Thermitus changerait ça. Si elle acceptait la nomination, elle serait la première femme noire à diriger l’institution en 40 ans d’existence.